Lecteur dans l'édition : ça passe ou ça casse

Je suis lectrice pour XO Editions, maison d'édition parisienne créée par Bernard Fixot. La maison publie 20 livres par an, en comptant ses auteurs phares comme Guillaume Musso et reçoit des centaines de manuscrits. Derrière ces pages, des auteurs en herbe ou des auteurs confirmés, anciens journalistes ou exerçant une autre profession, les profils sont variés et la qualité aussi.

 

Pour dégrossir le tout et permettre à l'éditrice de faire son travail, 3 lecteurs interviennent et produisent des comptes rendus de lecture. Une fiche négative ne signe pas l'expulsion immédiate et irrémédiable d'un projet : il s'agit d'un avis subjectif qui donne des indications sur la perception de lecture mais en aucun cas le lecteur n'est décisionnaire.

 

C'est en avril 2014 que je suis montée au 47e étage de la Tour Montparnasse pour aller chercher mon premier manuscrit à lire. Sans marquer l'arrêt, l'ascenseur m'a fait gravir les étages à une vitesse folle, juste assez pour que je ressente une pointe de vertige intérieur.

 

Le principe est simple : je dois lire le manuscrit qu'on me confie en deuxième commission, c'est-à-dire qu'il a déjà passé un premier filtre. Mon travail consiste à produire un résumé concis et à donner des arguments d'analyse précis pour ensuite attribuer une note au projet.

 

Quels sont les éléments évalués au cours de la lecture ?

  • La profondeur des personnages et leur construction
  • La progression dramatique

  • La strucuture des intrigues
  • Grand public ou non
  • La qualité littéraire

  • Les émotions

 

La fiche détermine si le manuscrit sera lu par l'éditrice ou s'il sera renvoyé à l'auteur.

 

Une fois la fiche expédiée, je rapporte le manuscrit et j'échange avec une assistante d'édition sur mes impressions de lecture. C'est un moment privilégié de discussion qui donne au lecteur l'importance qu'il mérite en acceptant de le reconnaître et d'interagir avec lui - chose rarissime dans un monde où le lecteur est bien souvent un petit ouvrier de l'ombre qu'on ne rencontre jamais.

 

C'est une activité passionnante à laquelle je tiens beaucoup. Découvrir des projets et les évaluer est depuis quelques années un réel plaisir qui me rappelle pourquoi j'aime tant les histoires qu'elles appartiennent à la vie réelle ou à la fiction (voire aux deux !).

 

Etre lecteur dans l'édition ne saurait être une activité professionnelle principale. En effet, à 30 euros la fiche pour un manuscrit écrit sur word de moins de 250 pages, on comprend vite qu'on ne fait pas cela pour l'argent mais pour la passion.